29 avril 2012
Jean Gabriel Jeannot

Google, moteur de recherche médical ?

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Comment utiliser Google en médecine ?

Même si nous manquons encore d’études qui le prouve vraiment, nous sommes convaincus que Google est un moteur qui peut être utilisé en médecine, y compris par les professionnels de la santé.

When used properly, the internet empowers both patient and doctors and may improve the quality of care

Tang H, NG JH. Use of Google as a diagnostic aid: Authors’ reply to response. BMJ 2006 333: 1270

Bien que Google ne soit a priori pas un moteur de recherche médicale, les médecins et les patients l’utilisent en permanence pour leurs recherches sur les maladies et la santé (1).

Quelles sont les possibilités et les limites de Google en médecine ? Une tentative de réponse…

D’abord, il n’y a pas un seul Google mais des Google: Google, Google Scholar, Google Images, etc. Chacune de ces versions a ses spécificités, ses utilités.

Google, moteur de recherche médical ?

Les études qui ont comparé l’utilité clinique des différentes sources d’informations disponibles sur Internet sont rares (2). A notre connaissance, il n’existe même aucune étude qui ait pour des questions cliniques comparé Google à d’autres sources d’informations disponibles sur Internet.

Une recherche sur PubMed avec le terme « Google » aboutit pourtant à plus de 2200 références. Mais la majorité de ces 2200 articles sont en réalité des travaux pour lesquels Google a été utilisé comme outil de recherche bibliographique. Dans ce sens, on peut déjà dire que Google et Google Scholar sont utiles en médecine puisqu’utilisés comme outils de recherche de littérature médicale.

Seule une minorité des ces publications ont étudiés l’utilisation de Google dans une situation clinique.

  • L’article « …. And a diagnostic test was performed  » (4) paru dans le New England Journal of Medicine présente le cas d’un jeune médecin diagnostiquant une maladie rare après avoir simplement introduit les symptômes de son patient dans Google. Google serait donc utile en médecine pour les questions très précises.
  • L’étude « Googling for a diagnosis » parue dans le British Medical Journal (5). Pour les auteurs de l’étude, Google est surtout un outil qui aide le médecin à formuler un diagnostic différentiel. Dans l’article publié en réponse aux critiques parues à la suite de leur étude (6), les auteurs rappellent que la plupart des questions cliniques trouvent leur réponse dans PubMed, la librairie Cochrane, les journaux médicaux ou UpToDate mais qu’il serait faux à leur avis de ne pas utiliser le web si les sources d’informations traditionnelles n’apportent aucune réponse.

Nous sommes dans une situation apparemment paradoxale : Google est utilisé quotidiennement par les patients et par les professionnels de la santé à travers la planète et pourtant aucune étude ne prouve son utilité. Les travaux actuellement disponibles sont à notre avis réducteurs. Il est vrai que l’étude de l’utilité de Google n’est pas simple, en particulier en raison de son contenu extrêmement hétérogène.

Il parait cependant assez évident que Google n’est pas qu’un outil utile pour les maladies rares et les diagnostics différentiels. Il ne faut par exemple pas oublier que le médecin ne se pose pas que des questions médicales complexes. Pour les recherches simples, Google est certainement aussi un moteur utile. Vous ne vous souvenez plus des critères diagnostiques de l’hémochromatose ? Introduisez simplement « diagnosis » et «hemochromatosis » dans Google, vous obtiendrez le résultat en une seconde (au moment de rédiger ces lignes, la réponse se trouve dans le 2ème lien à l’adresse www.emedicine.com).

Google est gratuit et facile à utiliser. Le moteur de Mountain View a cependant un certain nombre de limites. Il y a bien évidemment le problème de la qualité et de l’utilité des informations retrouvées. Une requête aboutit souvent à un très grand nombre de réponses, de qualité variée. Les résultats utiles risquent d’être perdus au milieu d’informations inadéquates. Une autre limite de Google est qu’il ne donne accès qu’au « web visible ». Certaines informations ne sont jamais retrouvées par Google car le moteur ne les voit pas, c’est le web invisible : contenu protégé par les éditeurs ou contenu de bases de données (une limite que Google Scholar et Google Print tentent de dépasser).

Même si nous manquons encore d’études qui le prouve vraiment, nous sommes convaincus que Google est un moteur qui peut être utilisé en médecine, y compris par les professionnels de la santé.

 

Comment utiliser Google en médecine ?

Google peut et doit être utilisé en médecine. Pour des questions précises, pour des questions basiques et pour de nombreuses autres…

La simple recommandation que l’on peut faire pour les recherches médicales avec Google est la suivante :utilisez plusieurs mots-clés médicaux précis. «Plusieurs» pour limiter le nombre de résultats, «médicaux» pour retrouver des informations de qualité, «précises» pour que les résultats correspondent vraiment à vos besoins.

Le choix des mots-clés est essentiel. L’utilisation de termes médicaux peut paraître une évidence, mais l’utilisation du terme «impuissance» vous amènera sur des sites destinés au grand public, le terme «dysfonction érectile» sur des sites destinés aux professionnels de la santé.

Les résultats obtenus seront plus utiles si l’internaute maîtrise les stratégies de recherche avancée de Google. La simplicité d’utilisation de la recherche de base de Google peut représenter un danger. A cause de cette simplicité, les internautes ne font pas l’effort d’acquérir les connaissances qui leurs permettraient d’utiliser des stratégies de recherche avancée. Ils risquent ainsi de ne pas retrouver des informations pourtant disponibles.

Pour devenir un expert Google, consultez en français le Centre d’aide sur le site de Google ou en anglais l’excellent Google Guide.

Le médecin qui utilise Internet pour des questions cliniques ne doit pas se limiter à Google, il doit également maîtriser d’autres sources d’information.Il est indispensable de savoir quand utiliser et quand ne pas utiliser Google. Le médecin a parfois besoin d’un document de référence qu’il ne trouvera que dans un textbook ou d’un document de synthèse qu’il ne trouvera que dans une base comme UpToDate.

1. Hawkes N. More people consult Google over health. Times online. The Times. June 06, 2005. [Accès gratuit].
2. Alper BS, Stevermer JJ, White DS, Ewigman BG. Answering family physicians’ clinical questions using electronic databases. J Fam Pract 2001;50(11): 960-5.[PubMed].
3. Henderson J. Google Scholar: A source for clinicians ? CMAJ 2005;172(12):1549-50. [Accès gratuit].
4. Greenwald R…. And a diagnostic test was performed. N Engl J Med 2005;353: 2089-90.[PubMed].
5. Tang H, Ng JH. Googling for a diagnosis— use of Google as a diagnostic aid: internet based study. BMJ 2006;333:1143-1145 [Accès gratuit].
6. Tang H, NG JH. Use of Google as a diagnostic aid: Authors’ reply to response. BMJ 2006 333: 1270
7. Ripple AS. Expert googling: best practices. Med Ref Serv Q 2006,25(2): 97-107.[PubMed].


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